Saint-Gaudens.
Soixante ans après,
faire revivre le circuit

Michel Ribet raconte l’histoire du premier grand prix de l’après-guerre, le 10 août1947.
Le 10 août 1947, se disputait le 14e grand prix du Comminges, le premier de l’après-guerre. 60 000 spectateurs étaient massés sur les bords du circuit long de 22 kilomètres pour assister à une course fertile en rebondissements. « La pluie fut la cause de nombreux abandons comme ceux des pilotes Maserati. Villoresi, alors premier, fit un tonneau. Et Leveght, alors deuxième, sectionna un pylône télégraphique », raconte Michel Ribet, président de l’Écurie automobile du Comminges. Les contraintes de sécurité de l’époque étaient bien loin de celles d’aujourd’hui.

Ce 10 août, l’écurie France signa un retentissant doublé, Chiron ne précédant son coéquipier sur la ligne que de 5 dixièmes de seconde. Il y avait des Cisitalia pilotées par Shell, Manzon et Loyer (vainqueur en 1500cc), des Talbot, et la célèbre Simca Gordini que pilotait Wimie.

La fin avec l’accident du mans

Il y avait aussi un grand prix moto, remporté par Jean Behra sur Guzzi 350cc. «Plus tard, il s’est tourné vers l’auto avant de trouver la mort sur le circuit de l’Avus, en Allemagne», rappelle Michel Ribet. Le 10 août 1947, les organisateurs n’avaient pas manqué de rendre un vibrant hommage à celui qui est à l’origine du Grand prix, Eugène Azémar, l’apôtre du Comminges : «Ce prof de philo du lycée de Saint-Gaudens était un visionnaire, un peu comme Charles Durand qui avait créé les 24 heures du Mans en 1923. Eugène Azémar avait eu l’idée d’associer le sport auto à la promotion des sites archéologiques et des stations thermales du Comminges. Grâce au Grand prix, Saint-Gaudens était connu du monde entier», affirme Michel Ribet.

Le terrible accident du Mans en 1955 (83 morts) a sonné le glas des circuits routiers. «Avec les nouvelles réglementations, les tribunes étaient trop proches du circuit et il n’y avait pas assez d’argent pour tout modifier. Là où Chiron avait triomphé deux fois à 21 ans d’intervalle, où Ascari, Trintignant, Villoresi et, avant eux, Dreyfus et Etancelin avait fait vibrer les foules, ne roulèrent plus les participants du Tour auto jusqu’en 1956». Michel Ribet ne veut pas que cette glorieuse histoire tombe dans l’oubli. Le projet de musée avance (lire ci-dessous). Il ravirait, bien sûr, les nostalgiques du grand prix. Mais il offrirait aussi au Comminges, dans la droite ligne des idées d’Eugène Azémar, une formidable vitrine médiatique et touristique.

Soixante ans après,

il est temps d’appuyer sur le champignon.


Texte de Jean-Paul Rouquier
La Dépêche du 10/08/2007